4. La passion

 

            La passion est une sorte d’oratorio, c’est-à-dire une composition pour solistes, chœurs et orchestre, écrite à partir de la Passion du Christ. Comme tout oratorio, et contrairement à l’opéra, il n’y a jamais de jeu scénique dans une passion musicale.

 

            La passion est un genre musical qui existe très tôt dans la chrétienté. Représenter le moment crucial des derniers jours de la vie du Christ est essentiel dans la liturgie chrétienne.

Les premières sources écrites nous viennent du 9e siècle, et l’on y constate que le texte évangélique y est psalmodié lors de la Semaine Sainte (Semaine qui précède la fête de Pâques). Vers le 14e siècle, différents rôles se distinguent, notamment le narrateur, souvent une voix de ténor, et le Christ qui est toujours une voix de basse. Lorsque la polyphonie savante contrapuntique devient le mode d’écriture musicale dans toute l’Europe, la passion (appelée alors passion-motet) est aussi chantée dans ce style.

            La réforme luthérienne mettra un terme, dans les pays réformés, à ce type de passion. Les fidèles doivent comprendre le texte, qui n’est plus latin, mais en allemand. Dans ce dessein, une polyphonie complexe n’est pas recommandée, bien au contraire. Johann Walther, un ami de Luther, introduit vers 1530 un genre de passion où les paroles de l’évangéliste et des divers acteurs sont psalmodiées, tandis que les passages où la foule intervient (paroles de l’évangile ou méditation de l’Eglise) sont écrits dans un style polyphonique très simple.

            La passion en style d’oratorio se développe sous l’influence de l’opéra italien, incluant dès lors, comme pour l’oratorio, des récitatifs et des airs, les premiers concentrant l’action, les seconds l’émotion, ici spirituelle, et l’état d’âme du soliste. À ces récitatifs et arias, s’ajoutent des chœurs qui chantent les paroles de la foule, ou évoquent l’Eglise en prière (textes de méditation qui ne sont pas extraits des évangiles).

 

            On trouve donc dans une passion baroque :

-         des récitatifs (récit de l’évangéliste, ou dialogue entre les personnages de l’évangile de la Passion) ;

-         des arias à une voix

-         différents types de chœurs :

o       des chœurs qui représentent la foule (turba) ;

o       des chorals liturgiques (Kirchenlieder dans la tradition luthérienne) ;

o       des chœurs sur des textes plus libres qui commentent l’action ou qui élèvent l’âme du croyant

 

            Jean-Sébastien Bach a écrit plusieurs passions, mais nous n’en avons conservé intégralement que deux : la Passion selon Saint Matthieu (BWV244), et la Passion selon Saint Jean (BWV 245). Subsistent des fragments de la Passion selon Saint Marc (BWV 247). La Lukas Passion (BWV246), autrefois attribuée à Bach est actuellement rejetée du corpus.

 

            Lorsque Bach arrive à Leipzig, les paroissiens ne connaissent pas encore ce genre précis qu’est la passion-oratorio. Jusque 1720, ils n’ont entendu que le modèle établi par Johann Walther. On comprend donc l’étonnement des fidèles de Saint Thomas, lors des premières créations de Bach.

 

Extraits :

J. S. Bach, Récitatif

Aria Erbarme dich,

Choral,

extraits de la Passion selon Saint Matthieu (BWV 244)

René Jacobs, contre-ténorHoward Crook (l’évangéliste) et al.

La Chapelle Royale- Collegium Vocale

dir. Philippe Herreweghe

Harmonia Mundi

 

 

Pour l’analyse du récitatif et d’un aria de cette passion,

voir le chapitre 6. « Le récitatif et l’air »

Pour l’analyse d’un choral,

voir le chapitre 5. « Le choral »