2. Thème et variations

 

 

La variation est un des procédés d’écriture musicale parmi les plus anciens et les plus élémentaires. En effet, il est naturel de varier un motif, un rythme, un timbre, cela fait partie de l’essence même de l’art musical et semble proche, à certains égards, du processus d’improvisation.

La variation se retrouve dès lors à toutes les époques de l’histoire de la musique. La variation d’un motif est à la base du canon, de la fugue, du développement de la forme-sonate, etc. On trouve des variations ornementales dans le plain-chant, des variations rythmiques et mélodiques (augmentation, diminution, ornements, etc.) dans la polyphonie médiévale et renaissante, etc. L’interprète lui-même, à l’époque baroque, aimait ajouter l’un ou l’autre ornement vocal ou instrumental, ce qui lui permettait de mettre en valeur sa virtuosité ou sa musicalité.

Néanmoins, à l’âge classique, une forme bien précise tend à se développer : la structure « thème et variations » (ou « thème varié ») qui devient rapidement une pièce musicale à part entière, ou la structure du second mouvement d’une symphonie ou d’une sonate. Citons par exemple les variations sur le chant enfantin « Ah, vous dirais-je, Maman » de Mozart, ou le deuxième mouvement du quatuor à cordes « L’empereur » op. 76 de Haydn.

 

Extrait :

W. A. Mozart,

Douze variations sur la chanson française « ah, vous dirais-je, Maman » K 256

Pieter-Jan Belder, forte-piano

Brilliant Classics

 

 

Dans ces différents cas, le thème est exposé – thème conçu ou non par le compositeur –, puis sont énoncées un certain nombre de variations, distinctes les unes des autres. Ces variations peuvent être des ornementations rythmico-mélodiques du thème lui-même (c’est le cas dans le Canon de Pachelbel, ou dans les variations sur le thème « Ah, vous dirais-je, Maman » de Mozart), des variations qui touchent l’accompagnement du thème uniquement, sans toucher au thème lui-même (Quatuor de l’Empereur de Haydn), ou alors des variations qui amplifient le thème, le paraphrasent ou le simplifient.

Dans le cas du Quatuor de l’Empereur de Haydn, le thème est celui de l’Hymne impérial que Haydn avait écrit lui-même. Cet hymne est actuellement l’hymne national allemand. Mais en 1797, période troublée par les guerres et le siège de Vienne par Napoléon, cette forme d’écriture en « thème et variations » a une portée symbolique et politique : le thème ne subit en lui-même aucune altération, aucune modification, il reste constant d’une variation à l’autre et est simplement énoncé par d’autres instruments (vl II, alto ou vcl). Par contre, l’accompagnement du thème varie. Ainsi, quel que soit le contexte dans lequel se trouve « l’empereur », quelles que soient les variables politiques, le pouvoir est toujours stable et identifié clairement.

 

Extrait :

Joseph Haydn, 2e mouvement du Quatuor op. 76, n°3, « l’Empereur »

Kodaly Quartet

Naxos